Les morts invisibles des personnes immigrés en Italie

Les morts invisibles des personnes immigrés en Italie

4 mai 2021 Non Par passamontagna

Publié sur https://hurriya.noblogs.org/post/2021/04/29/morti-invisibili-persone-immigrate-italia/?fbclid=IwAR0ef-7SXbkIy6Au1hv7lAZ-yGuNDmJLGw2kiaT7ohsgu1QsisU9CAOaa78 le 29/04

Les décès et les violences systématiques subis par les immigrés en Italie restent souvent méconnus. Un exemple emblématique est ce qui s’est passé ces derniers jours.

Le 25 avril 2021, les médias sénégalais diffusent la nouvelle du décès de Mame Dikone Samb, survenu en Italie. Selon ces articles, publiés en gros caractères sur les premières pages des journaux locaux, Mame Dikone Samb, 56 ans, née à Ngor au Sénégal et vivant depuis plusieurs années en Italie avec ses enfants à Castelli Calepio dans la province de Bergame, serait décédée suite à l’intervention des carabiniers, après une dispute qui a eu lieu dans les bureaux d’une banque à Grumello del Monte (BG).

Après avoir été arrêtée par la police, qui aurait utilisé un pistolet Taser, la femme a été emmenée à la caserne et a ensuite subi une crise cardiaque qui a causé sa mort. Cette nouvelle a commencé à circuler le 27 avril sur les réseaux sociaux de la communauté francophone d’Italie, sans qu’on en trouve trace dans les médias italiens. Les premières informations en italien ont été publiées par le site bufale.net, qui s’est empressé de relever certaines incohérences dans les rapports publiés au Sénégal, mais qui, étrangement, s’est consacré à démonter un prétendu canular qui n’avait pas encore eu de diffusion dans les médias italiens. Ce n’est que le 28 avril que la confirmation de ce décès a été apportée par des sources italiennes, par le biais d’un article de Africa Rivista qui cite les déclarations des carabiniers de Grumello del Monte : Mame Dikone Samb est effectivement décédée le 16 avril 2021 à l’hôpital d’Alzano Lombardo (pour une « thromboembolie pulmonaire bilatérale »), où elle avait été emmenée après que les carabiniers l’aient arrêtée le 14 avril dans la banque, emmenée à la caserne et appelée le 118 pour le traitement sanitaire obligatoire (TSO).

L’article ajoute que « cette version contraste avec ce qui est paru dans la presse sénégalaise, où l’on parle d’une crise cardiaque causée par l’utilisation d’un taser. Le journaliste sénégalais qui a reconstitué l’histoire, Sakho Malick, a déclaré à l’Afrique que plusieurs témoins auraient assisté à la scène. La famille de la femme, qui a décidé de ne pas parler à la presse, a toutefois désigné un avocat pour faire la lumière sur cette affaire. Nous avons reçu la confirmation de l’avocat qu’une autopsie a été ordonnée et sera effectuée à l’hôpital San Gerardo de Monza. Lamine Diouf, consul général du Sénégal en Italie, suit de près l’évolution de la situation. »

Ce que nous pouvons dire, c’est que depuis plus de deux semaines, personne en Italie n’a daigné parler de ce décès, que les témoins et les proches de la victime n’ont jamais été entendus et qu’au contraire, comme d’habitude, ils ont été délégitimés. Que la nouvelle ne se soit répandue que grâce aux protestations des membres de la famille et des médias sénégalais, que les premiers articles en Italie se soient attachés à nier ou à minimiser ce qui s’est passé, qu’une fois de plus un événement tragique survenu dans un contexte peu clair et impliquant la police soit passé sous silence et occulté.

Ce n’est pas la première fois que le traitement médical obligatoire est utilisé comme moyen de répression contre ceux qui protestent. Que les mesures visant à autoriser l’utilisation des Tasers en Italie continuent d’être délibérées, et que l’on ne sait toujours pas où et dans quelle mesure ces armes sont utilisées.

Et tout cela doit être considéré dans le contexte de ce qui se passe tous les jours en Italie et qui concerne malheureusement les immigrés. Au cours de la dernière semaine : Un nouveau massacre en mer d’au moins 132 personnes à destination de l’Italie, délibérément noyées faute de secours au large des côtes libyennes, la mort du Tunisien Fares Shgater, 26 ans, après une poursuite policière pendant le couvre-feu à Livourne, le tir en pleine rue contre trois ouvriers agricoles à San Severo dans la province de Foggia, avec une personne qui a perdu un œil, le énième incendie dans le ghetto de Borgo Mezzanone, la mort de quatre ouvriers agricoles à Ragusa dans un des fréquents accidents de la route dont sont victimes les travailleurs ruraux.

Ce sont les conséquences logiques de la violence systématique d’un appareil de lois et de procédures institutionnelles racistes, que nous essayons de cacher et de mystifier en les faisant passer pour des tragédies malheureuses, et en effaçant les luttes des immigrés qui s’opposent depuis longtemps à tout cela, réclamant la liberté de mouvement, des documents, un logement, des contrats, des transports et la fin de l’apartheid et du racisme d’État.