UN AUTRE MORT AU CRA DE GRADISCA – MISE AU JOUR

UN AUTRE MORT AU CRA DE GRADISCA – MISE AU JOUR

3 septembre 2022 Non Par passamontagna

https://nocprtorino.noblogs.org/post/2022/09/03/aggiornamento-dal-cpr-di-gradisci-disonzo/

Des personnes meurent à Gradisca : nous savons qui a été l’ETAT
Il y a deux jours, le 31 août 2022, un Pakistanais de 28 ans dont nous ignorons le nom s’est donné la mort dans le CPR de Gradisca d’Isonzo. Il était entré une heure plus tôt.

Il s’est tué dans sa chambre ; ses codétenus l’ont trouvé.

Des voix de derrière le mur

De derrière les murs du CPR (CRA), ils nous crient que le garçon pakistanais a “fait la corde” immédiatement après la rencontre avec le juge de paix de Gorizia qui avait confirmé son séjour dans le centre pour trois mois. Ils nous demandent de dire qu’il s’est suicidé par désespoir face à ce choix sur sa vie. Ils nous disent qu’il était dans la zone bleue, où ils enlèvent les téléphones et où vont les personnes qui viennent d’entrer. Les détenus nous disent que les employés du centre leur cachent le nom du garçon, malgré leurs demandes.

Ils nous disent que beaucoup, après les audiences avec le juge de paix, se sentent mal et que d’autres ont tenté de se pendre, sauvés ensuite par leurs codétenus. Ils nous disent que dans ces moments-là, on se sent très mal et on perd la tête. Ils nous disent que c’est pire que n’importe quelle prison et que des psychotropes sont mis dans la nourriture. Ils nous demandent que les parlementaires et les journalistes racontent ce qui se passe réellement dans les CPR et entrent.

Ceux qui nous parlent nous disent qu’ils craignent pour leur sécurité à cause de ce qu’ils nous disent. Il nous dit qu’il s’expose pour tout le monde mais que les militaires le surveillent. Il nous donne son nom et son adresse parce qu’il craint pour sa vie, juste pour avoir raconté ce qui se passe. Et nous le savons bien, nous nous souvenons comme si c’était hier des déportations en série et de la saisie immédiate des téléphones de tous les détenus qui avaient témoigné la nuit de la mort de Vakhtang.

Répression de la solidarité (sous la menace d’une arme)

Le soir du 1er septembre, quelques militants solidaires sont passés devant le CPR pour manifester leur solidarité avec les détenus et entendre leur voix sur la mort du jeune Pakistanais. Pendant qu’ils étaient là, une voiture de carabiniers est arrivée, appelée par le personnel du CPR soupçonnant la présence de certaines personnes hors des murs.

D’une des voitures de police, un carabinier est sorti et a commencé à courir, pas très vite, en pointant une arme sur l’un des sympathisants. Les personnes ont été fouillées et leurs téléphones portables saisis momentanément. Après un certain temps, les solidaires ont été conduits à la caserne pour être identifiés, où ils ont vu leur détention de douze heures validée. Dans la caserne, l’un des solidaristes a été contraint de subir une fouille corporelle complète et de se déshabiller entièrement.

L’existence du CPR impose le silence : la simple présence d’une personne dans son voisinage éveille les soupçons et entraîne des détentions, des perquisitions et, comme cela est arrivé à d’autres militants solidaires en 2019, des mandats de voyage. Le Cpr est institutionnellement un lieu dont l’existence doit être ignorée, même les jours où il tue quelqu’un.

La violence de l’arme pointée n’a aucune justification : la réaction disproportionnée de la police face à un garçon blanc qui ne commettait aucun crime remet en question le niveau d’abus auquel les personnes qui ne bénéficient pas de la protection de la citoyenneté sont contraintes chaque jour. Les abus de pouvoir et la violence raciste institutionnelle maintiennent les CPR en activité tous les jours.

Le commentaire indigne du garant

Giovanna Corbatto, garante des droits des prisonniers dans la municipalité de Gradisca, a commenté dans le Messaggero veneto : “Nous ne savons pas si et quels fantômes il portait sur lui, si sa décision dramatique a été planifiée ou improvisée, s’il avait des pathologies. N’ayant passé qu’une heure au CPR, je serais prudent en citant les conditions de vie à l’intérieur comme la cause ou la cause concomitante d’un tel geste extrême”.

Le mécanisme mis en place par Corbatto est celui du blâme de la victime : face à un garçon qui s’est suicidé dans un établissement dont elle est censée superviser la décence, Corbatto refuse de reconnaître la responsabilité institutionnelle et blâme littéralement la victime.

Le CPR est un espace mortel : c’est un fait indéniable, confirmé par la succession des décès. Quiconque y meurt, quelle que soit la manière dont il meurt, est une mort institutionnelle, c’est-à-dire une mort d’État.

Presque trois ans dans un endroit mortel

Dans la bière blonde Gradisca d’Isonzo, trop de gens sont déjà morts.

07/12/2021 : Ezzeddine Anani, un Marocain de 41 ans, met fin à ses jours dans la cellule où il était détenu à l’isolement pour la quarantaine Covid.

14/07/2020 : Orgest Turia meurt suite à une overdose et un de ses colocataires échappe au même sort. Alors que le préfet de Gorizia Marchesiello affirme que tout va bien, la presse locale répand d’abord la rumeur d’une nouvelle mort par rixe, puis le maire Tomasinsig et les représentants de la police réintroduisent le récit infâme des détenus toxiques et du trafic de drogue à l’insu des geôliers. En réalité, Turia n’est pas un toxicomane, c’est un homme d’origine albanaise amené au CPR parce qu’il a été trouvé sans passeport.

18/01/2020 : Vakhtang Enukidze, un citoyen géorgien de 38 ans, est tué, selon des témoins, par les coups reçus par les gardes armés de l’établissement. Après sa mort, tous les témoins sont expulsés, leurs téléphones portables confisqués, la famille de Vakhtang Enukidze en Géorgie subit de fortes pressions pour ne pas prendre part à un procès pénal et, à ce jour, aucun résultat officiel de l’autopsie du corps n’a été annoncé.

30/04/2014 : Majid el Khodra meurt à l’hôpital de Trieste, après des mois de coma, après une chute du toit de l’ancien CIE de Gradisca, en août de l’année précédente. Sa famille n’a pas eu la possibilité de le voir pendant des mois. Après sa mort, la Cie ferme, pour rouvrir quelques années plus tard sous le nouveau nom de Cpr.

La liste des noms des personnes décédées à l’intérieur du Cpr nous rappelle que ce ne sont jamais ” les fantômes ” qui tuent : ce sont les lois, les institutions, les représentants racistes de l’État. La liste des noms des personnes décédées à l’intérieur du Cpr nous indique que ce lieu, qui a été voulu par tous les gouvernements, ne peut être réformé. Elle nous appelle à nous mobiliser car, si le CPR continue d’exister, des gens continueront de mourir en son sein.